Séminaire 2002-2003

Séminaire 2002-2003

Mise en scène des objets : fétichismes contemporains

De nombreux travaux avancent l’idée d’une mutation des formes contemporaines de la subjectivité, en lien avec les bouleversements structurels de la société. Selon eux, la modernité (la postmodernité) aboutirait à une destruction des anciens ordonnancements symboliques, de sorte que le lien social comme tel en serait atteint. Le statut du politique aussi bien que celui du sujet en seraient profondément affectés.

A l’appui de cette thèse, un nombre croissant d’écrits de psychanalystes font état de nouvelles entités symptomatiques qui témoigneraient d’un nouveau malaise dans la civilisation. Il y aurait une « nouvelle clinique » qui serait à prendre comme symptôme d’un bouleversement essentiel au point qu’il faudrait, selon certains auteurs, prendre acte du fait que la culpabilité aurait disparu pour l’essentiel et que le désir comme question aurait déserté les nouvelles formes de la souffrance.

La psychiatrie quant à elle fait désormais figurer les « nouvelles pathologies » – et en premier lieu les pathologies dites addictives – en bonne place au hit-parade de sa clinique.

Bien que tous ces écrits se fondent sur des références diverses voire contradictoires, on ne peut qu’être frappé par le fait qu’ils semblent tous donner foi à un discours unifiant, consensuel. On pourrait formuler ce récit en quelques mots : le monde a subi une perte dans le symbolique qui se traduit par des mutations subjectives décisives tant dans le collectif (dissolution des liens institués, atomisation, regroupements identitaires) que dans l’individuel (autoréférence, hédonisme). Le lien social nouveau inverse la logique de la dette au profit d’une revendication d’un droit subjectif.
Or dans cette fresque il manque un terme pour nous essentiel, celui qui tient à la position énonciative : lorsque l’on tient un tel discours, en quoi est-on impliqué dans le dispositif qui s’en déduit ? C’est le pêché originel des sciences humaines que de vouloir négliger l’acte même de leur institution dans le champ dont elles émergent.

L’association Pratiques de la folie a été fondée sur le parti pris foucaldien selon lequel il n’est pas possible de distinguer le discours tenu sur la folie des institutions qui la circonscrivent. Il s’agit de savoir en quoi les questions cliniques que nous essayons de soutenir participent de cette mise en forme du réel par une pratique que l’on a appelé successivement aliénisme, psychiatrie et aujourd’hui psychologie. Plutôt que de s’intéresser à une nouvelle pathologie comme telle la question serait donc de savoir en quoi cette nomination participe d’une forme nouvelle d’investissement du psy dans le champ social.
Nous avons montré en quoi la pédophilie a été le lieu d’une nouvelle définition du rapport du juridique et du médical, il s’agira de savoir en quoi le discours sur les « nouvelles pathologies » participe d’une logique semblable.

L’an passé, nous avions choisi d’interroger la logique de la référence au « sujet contemporain ». Cette année, nous partirons de l’objet en posant l’hypothèse suivante :La clinique que l’on déclare nouvelle, plutôt que de témoigner d’une pathologie des sujets (atteints dans leur structure même) n’est-elle pas plutôt symptomatique des effets sur les sujets d’un fétichisme généralisé des objets?
On examinera du même coup les réponses « psy » proposées à ces « nouvelles souffrances » selon l’éthique qu’elles soutiennent.
Le fétiche, on le sait, est un terme de Marx aussi bien que de Freud, ce dont Lacan a tenu compte.

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