Séminaire 16 mai 2008

Séminaire 16 mai 2008

Séminaire « Parole, vérité, politique » 

Vendredi 16 mai 2008 à 21h, à Sainte Anne, 100 rue de la Santé 75014.

Dissensus politique et disconvenance individuelle : pour un autre rapport à la parole

par Tanguy Wuillème

Deux événements récents sont venus révéler et illustrer le déficit de la parole politique dans nos démocraties contemporaines : la commémoration de mai 1968 et la sortie du film Into the wild de Sean Penn (d’après le livre de Jon Krakauer).

Dans le 1er cas, on assiste à la folklorisation « culturelle » de ce qui fut pourtant une interruption « politique » de l’Ordre ; dans le second cas, les critiques n’ont pas compris la portée radicale de la sécession d’un jeune étudiant d’avec la civilisation et son errance dans l’Amérique.

Nos démocraties se dépolitisent, elles cherchent dans les secteurs de la vie sociale à éviter la conflictualité, à refuser de nommer la contradiction et à proscrire l’événement. Elles se gaussent de l’enthousiasme politique ou du refus radical de jouer le jeu des normes et de la normalité démocratique. Elles préfèrent viser le consensus, faire l’éloge de l’espace public, défendre un certain conformisme, croire que tout débat est bon à prendre, que la parole est source de liberté et d’émancipation (même la psychanalyse). Les démocraties font avec Habermas le pari que la communication, la Culture et une vaste prise en charge étatique (biopolitique et biopouvoir : santé, sécurité, vie parlementaire…) sera la source de notre émancipation.

Au regard de l’expérience désastreuse du siècle passé, il se pourrait que ce projet misant sur la pacification des mœurs, l’accroissement d’auto-contraintes, de la gestion et administration des corps et des esprits, du débat organisent certains défoulements dramatiques. Des résistances apparaissent, qui misent sur une certaine désobéissance, sur un dissensus qui redonnent consistance à la notion d’incompatibilité entre des positions hétérogènes. Se pose alors la question du consentement au projet démocratique et aux dispositifs discursifs existants censés lubrifier les relations sociales.

Cet exposé essaiera de partir de la double expérience de la prise de parole de mai 68 et de la disconvenance du personnage d’Into the wild pour approfondir une autre définition de la démocratie, un autre rapport à la voix, à la conversation, au désaccord. Il se pourrait que le moment fondateur de l’individuation (être soi) et du politique (être ensemble) soit celui de la reconnaissance et de la mise en forme de la division, celui de supporter et susciter l’hostilité. Ou donner différemment sa voix au monde.

 

Tanguy Wuillème est maître de conférences à l’Université de Nancy 2. Spécialiste de philosophie politique, il est membre du comité de rédaction de la revue Drôle d’époque.

On peut suggérer bien sûr de voir le film de Sean Penn, et/ou de lire l’ouvrage de Jon Krakauer Voyage au bout de la solitude.

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