Séminaire 15 février 2008

Séminaire 15 février 2008 : Vérité, parole, politique.

 à 21h, Amphi de la CMME, 100 rue de la Santé

 Ce que Foucault fait aux concepts de sujet, de vérité et de philosophie

par Frédéric Gros

 La publication des derniers cours de Michel Foucault au Collège de France ne cesse de faire événement pour tous ceux qui, à un titre ou un autre, ont affaire à ce qu’il appelait la « fonction psy ».

Que cet ordre de discours produise des régimes de vérité qui s’imposent à quiconque y prend la parole est souvent méconnu par les psychanalystes, qui font pourtant désormais l’objet de la sollicitude du législateur.

Il s’agit d’en prendre acte et, du coup, d’engager avec Foucault une dispute véritable.

Frédéric Gros, philosophe, professeur à Paris XII, a établi le cours de 1982-1983, intitulé  Le gouvernement de soi et des autres qui vient de paraître au Seuil.
Il se propose d’en développer une lecture, dont on lira ci-dessous l’argument.
A la suite de quoi, Franck Chaumon et Jean Allouch ouvriront à la discussion.

Ce que Foucault fait aux concepts de sujet, de vérité et de philosophie :

En 1983, après avoir étudié l’année précédente la notion de « souci de soi » (L’herméneutique du sujet, Gallimard-Le Seuil, 2001), Foucault consacre une année de cours au collège de France à expliciter le concept antique de « franc-parler » (parrêsia). A l’occasion de la publication de ce cours (Le gouvernement de soi et des autres, Gallimard-Le Seuil, janvier 2008), j’essaierai de dégager les enjeux philosophiques de ces problématisations. C’est-à-dire au fond : ce que Foucault fait aux concepts de sujet, de vérité et de philosophie.

C’est d’abord une nouvelle pensée du sujet, qui s’oppose aussi bien aux grands discours de la philosophie occidentale sur la subjectivité, de Descartes à Husserl, qu’aux techniques dominantes de la confession : un sujet qui ne soit ni fondement de la connaissance, ni source constituante d’une intimité psychologique.

C’est ensuite une nouvelle pensée de la vérité. La production de vérité relève moins, avec ces recherches, d’une épistémologie que d’une technologie d’une part (ce que Foucault avait déjà affirmé dans les années soixante-dix), mais encore d’une éthique : la vérité exige du courage plutôt que de la lucidité. Faire du courage la condition de la vérité va signifier pour Foucault s’inscrire dans l’héritage des Lumières telle que Kant les définit. D’autre part, la vérité n’est plus comprise comme ce qui doit structurer un discours, mais mettre à l’épreuve une existence.

Enfin, Foucault propose une nouvelle conception de la philosophie. Elle se comprend d’abord comme une réponse à une convocation du présent plutôt que comme répétition d’une ouverture originaire, et comme liée d’une manière simultanément irréductible et extérieure à la politique.

Il s’agira donc, en présentant ce cours de 1983, de déplier ensemble le sens d’une série de notions : techniques de soi, pratiques de véridiction, jeux de vérité, parler-vrai, diagnostic du présent, courage de la vérité. On verra en quoi tout ce jeu de concepts permet à Foucault de se situer vis-à-vis de deux de ses grands contemporains : Derrida et Habermas. Il s’agira  aussi et enfin de dégager, en bout de parcours, une conception nouvelle de la réalité.

 

Frédéric Gros

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