Séminaire 14 octobre 2005

Vendredi 14 octobre 2005

 Hôpital Sainte Anne, 100, rue de la Santé, 75014 Paris 

Nicole Koechlin, praticien hospitalier

Evidence Based Medecine,  nous en ferions sans le savoir?

  L’EBM est déjà en place, elle chemine de façon plus ou moins manifeste. Issue du néopositivisme anglo-saxon, très présente en  médecine, elle tient lieu d’idéologie pour les décideurs en santé.

  Evidence : même étymologie en anglais et en français, Ex videre, venant du latin, passant par le vieux français. Ce n’est pas tout à fait le même champ sémantique, en anglais  elle s’inscrit surtout dans le champ judiciaire avec le sens de « preuve ». On a traduit par  la médecine basée sur les preuves, puis la médecine basée sur les faits ; on peut aussi ne pas traduire, l’EBM.

  Déjà il conviendrait d’essayer de la définir et de l’examiner de manière critique, car elle s’impose sous cette forme si difficile à combattre et donc si dangereuse : sans histoire, sans idéologie, mais dans l’évidence d’une science sans incertitude. Est-ce une pratique, un guideline, qui intègre l’évaluation en une sorte de mise en abyme ? La Haute Autorité en Santé qui gouverne nos évaluations et les conférences de consensus, ne cache pas qu’elle en fait son guide.

  Deux citations trouvées dans des sites éponymes sur  Internet: 

  La « Médecine Factuelle » ou EBM qui désignait, au départ, une stratégie d’apprentissage des connaissances cliniques, fait maintenant partie intégrante de la pratique médicale. Elle consiste à baser les décisions cliniques, non seulement sur les connaissances théoriques, le jugement et l’expérience qui sont les principales composantes de la médecine traditionnelle, mais également sur des « preuves » scientifiques, tout en tenant compte des préférences des patients. Par « preuves », on entend les connaissances qui sont déduites de recherches cliniques systématiques, réalisées principalement dans le domaine du pronostic, du diagnostic et du traitement des maladies et qui se basent sur des résultats valides et applicables dans la pratique médicale courante. Les études cliniques considérées sont des essais contrôlés randomisés, des méta-analyses, mais aussi des études transversales ou de suivi bien construites lorsqu’il s’agit d’évaluer un test diagnostique ou de pronostiquer l’évolution d’une maladie.

  L’EBM est une démarche qui nécessite les étapes suivantes (Sackett et al, 1996; Rosenberg et Sackett, 1996, Rosenberg et Donald, 1995:

1- la formulation claire et précise d’une question clinique à partir d’un problème clinique donné

2- la recherche d’articles pertinents dans la littérature (quel article lire?)

3- l’évaluation systématique de la validité et de l’intérêt des résultats et l’extraction des preuves qui sont à la base des décisions cliniques (quel article croire?)

4- l’intégration de ces preuves dans la pratique médicale courante afin de répondre à la question posée au départ.

Le centre d’intérêt de cette soi-disant médecine, n’est plus le patient, jamais nommé, mais la machine. La machine-ordinateur qui fascine de par son fonctionnement binaire évacuant complexité et doute, pour  laisser le langage exsangue; et l’ordinateur nous offrant l’espace immense d’Internet.

C’est ainsi que cette phrase de Baudrillard parait si pertinente :

« La tristesse de l’intelligence artificielle est qu’elle est sans artifice, donc sans intelligence. »

 

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*