Inactualités de la Folie

  La folie est inactuelle pour le scientisme contemporain qui la réduit aux avatars d’un corps résumé à des gènes, des molécules ou des comportements. Elle nè fait plus question, puisque c’est la maladie mentale qui est l’objet de réponses. Pourtant le nom de folie a la peau dure, il vient chaque jour dans la langue dénoncer ce qui est irrecevable pour la raison, ce qui passe les bornes : folie du monde, folie des hommes. L’inactualité de la folie dépend de la manière dont on en prend acte, et chaque époque en circonscrit les contours. Le 19e siècle redoutait la folie délirante raisonneuse et menaçante, on se soucie aujourd’hui du silence de l’autisme ; l’horreur la plus grande était celle des parricides, le « pédophile » incarne à présent la moderne monstruosité.

  La folie est inactuelle si l’on considère qu’est actuel ce dont on peut parler, ce qui est dans la raison. Mais il y a un travail de l’inactuel, et ce qui était hors du temps fait irruption, événement dans un monde ordonné : tout à coup, ce qui était retranché de l’histoire se fait entendre, en mots ou en actes.

  Inactualité est un mot précieux car il noue la question du temps à celle de l’acte : ce qui est in­actuel, peut être dit en attente d’un acte. La répétition freudienne, n’est-ce pas cette attente d’un acte par lequel enfin, cela puisse se dire ?

  Ce qui revient à dire qu’il n’y a de pratique de la folie que dans le transfert : il n’y a pas d’un côté le hors-temps de la psychose et de l’autre le temps de l’histoire, le notre. A prétendre les séparer, on aura tôt fait de rejoindre la pente ségrégative de la psychiatrie et son produit : la « chronicité ». On peut le vérifier, en notre époque d’inactualisation scientiste de la folie, où l’on voit refleurir sans la moindre ironie des projets de « pavillons de chroniques » dans des programmes « d’alternatives à l’hospitalisation »!

  Le hors-temps de la psychose interroge notre temps, le temps de l’histoire et de ses refus.  Il évoque cet acte premier par lequel tout sujet a dû, jadis, conquérir ce temps -qui sera le sien : passage, trouée d’un hors-temps pour qu’advienne le temps du sujet et de l’histoire. Cet acte par lequel chacun parvient ou échoue à dire je, ici, maintenant, cette /conquête du temps de la parole, est un événement tombé dans l’oubli. Mais il se rappelle à nous, il se donne à voir dans les multiples apories de la folie.

Intervenants :
Danièle Arnoux, Jean-Pierre Martin, Dany-Robert Dufour, Françoise Dastur, Roger Ferreri, Frédéric Gros, Patrick Mérot, Mireille Nathan-Murat.

 

 

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