Mise en Scène des Objets : fétichismes contemporains.

  De nombreux écrits psychanalytiques, philosophiques, sociologiques, avancent l’idée d’une mutation des formes de la subjectivité , en lien avec les bouleversements sh·ucturels de la société. De nouvelles entités symptomatiques témoigneraient d’un nouveau malaise dans la civilisation, et cette « nouvelle clinique » serait à prendre comme symptôme d’un bouleversement qui affecterait le « sujet contemporain ». La demande adressée au psychanalyste s’en trouverait transformée.
  Parallèlement , on peut constater que la psychiatrie et la psychophaimacologie ont investi le champ des « nouvelles pathologies », au premier rang desquelles elles placent les pathologies dites addictives.
  À des degrés divers ces différents discours s’appuient sur une conviction commune qui fait consensus, selon laquelle un certain effondrement symbolique entraînerait des mutations subjectives essentielles, dont les nouvelles pathologies ne seraient qu’un symptôme.

  Nous poserons la question autrement, en considérant le problème du point de vue des objets. L’offre d’objets est en effet aujourd’hui massive, généralisée, démultipliée. Elle s’impose même de manière pai·fois obscène, rejoignant le commandement du surmoi. Jouis ! dit-elle à chacun en présentant la valse des objets quelconques, indéfiniment substituables. Jouir de l’objet, jouir de l’offre, jouir des services tel est l’impératif.

  À strictement parler, lorsqu’ils sont pris dans une telle logique, les sujets se déduisent des objets, même si la fiction sociale soutient le contraire. « L’usager » se déduit du « service » de santé conçu comme offre de biens, alors que le discours proclame qu’il est « au centre ». La « qualité » du service définit le « client ». Le discours consensuel qui décrit un sujet autonome, hédoniste, accroché à la jouissance addictive des objets auquel il revendique avoir droit, est en vérité la dupe de cette fiction.
  Ne faut-il pas plutôt prendre la mesure d’une véritable fabrique des subjectivités par la logique des objets ? L’usager est au centre . . . de la demande qui lui est faite de . . . demander des objets. Il y a là matière à reprendre les formulations de Marx sur le fétiche, dont Lacan avait tenu le plus grand compte  Les pathologies dites addictives sont en effet symptomatiques de ce mode de réduction du désir à la consommation de la jouissance. L’explosion des offres protéiformes de « psy » est du même ordre, elle produit des consommateurs de psy. Peut-on ne pas y croire ?

Intervenants :
Rémi Babinet, Emmanuel Brassat, Franck Chaumon, Roger Ferreri, Guy Léres, Patrick Mérot, Eduardo Vera Ocampo

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