Mécomptes de la Folie

« Nul n’est censé ignorer la science » : tel est le moderne impératif catégorique que Jean-Pierre Changeux, Président du Comité Natio­nal d’Ethique, inscrirait volontiers aux portes de la cité (interview au journal Libération, 4/11/1992). Les neurosciences s’avancent en effet dans la dernière décennie comme les sciences reines. Mais le désir de mettre à jour les logiques du cerveau semble glisser vers une prétention à dire le vrai sur l’homme et le juste pour la communauté.

  La science serait-elle fondée à énoncer l’éthique des justes rapports des hommes neuronaux entre eux ? Dans ce rêve moderne la folie, réduite à un agencement malencontreux des molécules, ne poserait pas d’autres problèmes éthiques que la méde­cine d’un cerveau malade. Dès lors, le lieu de la folie ne serait plus dans la communauté humaine, mais bien dans le cœur idéal de la médecine. L’hôpital serait réduit à son plateau technique . La psychiatrie de­vrait s’y réconcilier avec la norme nouvelle, celle du chiffrage, et pour cela se soumettre au double impé­ratif du calcul :
– mise en série de la clinique (DSM 3)
– évaluation (PMSI) sous l’œil vigilant de la raison gestionnaire.
  De la folie en tant qu’erreur de calcul, aux pratiques de la folie comme calculables n’y aurait-il donc qu’un pas ?

Intervenants au débat : 
Jean-Michel BESNIER philosophe au Centre de Recherches en Épistémologie Appliquée de l’école Polytechnique. Franck CHAUMON psychiatre, psychanalyste. Denis DUCLOS sociologue, directeur de recherche au CNRS. Jacques HASSOUN psychanalyste. Marie-Angèle HERMITTE juriste, directeur de recherche au CNRS. Antoine LAZARUS professeur de Santé Publique à la Faculté de Médecine de Bobigny.

 

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