Evénements, Traumatisme

  Les drames humains sont devenus traumatiques. Dans la dernière décennie,  le mot de traumatisme est venu qualifier et rassembler des événements hétérogènes génocides, guerres, attentats, prises d’otages, viols, incestes, actes de « pédophilie » – produire une catégorie, celle de victime. Violences publiques ou privées causeraient un même mal sub­jectif qui aurait sa thérapeutique, celle des techniciens de la psychologie.

  Il est devenu légitime, il est même requis de répondre en urgence à toutes sortes d’événements, depuis la violence à l’école jusqu’à l’accident du Concorde. L’action des psy ne doit pas concerner seulement les victimes directes, mais s’étendre aux cercles concentriques autour du foyer traumatique et concerner les proches, les témoins, les collègues,  la cité…

  Le traumatisme c’est cette réduction de l’événement à une souffrance dont la psychologie serait le traitement singulier, cependant que la scène collective fait retour par le judiciaire. Le soin serait d’ordre subjectif, et le lien social malmené serait à restaurer au plan du droit. On plébiscite du même pas cellules d’urgences et centres d’aide aux victimes, intervention psy et recours juridique.

  Car s’il y a victime il y a bourreau, et les conflits qui découlent du malaise dans la civilisation s’ordonnent ainsi selon une causalité évidente : le viol désigne le criminel, l’at­tentat le terroriste, la guerre le groupement ethnique, et la vio­lence au travail  le harcèlement  moral du petit chef. Dire le traumatisme, identifier l’agresseur, les nommer l’un et l’autre seraient les voies privilégiées d’une thérapeutique par la parole qui mise sur la psychologie, cependant que l’inscription simultanée sur la scène judiciaire est supposée restaurer le sujet dans le lien social.

  Une scène est constituée, avec ses quatre personnages : victime, criminel, thérapeute et juge.

  Cette construction affecte ce que Foucault nommait bio­-politique. Si auparavant l’événement ne pouvait se dissocier du commentaire politique d’un acte, la gestion post-moderne retourne maintenant au cas par cas. Le singulier (la psycholo­gie) s’articule ainsi autour du collectif  (le droit). Plus générale­ment, c’est  la conception du temps qui change  : l’événement devient traumatisme ou catastrophe, l’histoire se fait célébration de la mémoire, la politique se change en gestion éclairée par les sciences humaines.

  Il n’est pas indifférent que le modèle actuel de l’urgence soit  issu de la psychiatrie  de guerre, celle des guerres mon­diales, puis du Vietnam, qui a construit les réponses qui valent aujourd’hui.

  À travers elles, c’est la question freudienne du trauma qui fait retour et qui encore une fois met à l’épreuve de penser le réel de l’événement.

Intervenants :
Janine Altounian, Jean-Jacques Giudicelli, Frédéric Gros, Serge Lesourd, Ghyslain Lévy, Véronique Nahoum-Grappe, Bernard Pudal

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