Avatars du Sujet

  Parle !  Tu  as  la  parole,  par  elle tu  peux  t’affirmer,  te  faire  connaître  et reconnaître, renaître même si cela devenait nécessaire.
  Qui que tu sois, quoi que tu aies fait, sache que ton existence de sujet est toute entière en attente dans cette parole faite à ta mesure, elle est ton droit imprescriptible.  Oui tu es entendu, puisque tu parles dans le sillon d’une parole qui était déjà là pour toi, et que tu réalises.  Tu es libre, libre de ne pas parler mais si tu le souhaites, vois comme il est aisé de se faire entendre. 
  Tu as la parole, elle t’appartient, tu peux devenir cette parole libre, liberté d’être entendu, reconnu.  Tu parles, et tu es ce sujet identifié d’un droit à parler. 
  Vois, écoute, entend ta liberté s’y déployer et y résonner, use de cette parole qu’on te donne, c’est comme un vêtement que tu peux endosser à ta guise, et quand tu t’en saisis, un monde nouveau s’ouvre à toi, ta liberté n’est plus contre les autres, elle est au fond de toi-même, nous tous qui t’accompagnons pouvons en témoigner : le monde vient de se dérober sous tes pas, tu as frôlé la mort, un de tes proches vient brusquement de disparaître … N ‘aie crainte nous sommes là, parle, prolonge dans un partage infini le vécu de cet événement traumatique; tu as fauté, parle, accède enfin en toute liberté à la ressaisie de ton acte, laisse-toi guider par la structure du symbolique, fais-la tienne, l’inouïe de la psychothérapie te deviendra naturellement accessible, la peine te sera une délivrance.

  Le droit est en marche et avec lu i tous les sujets qui s’en déduisent. Vois le progrès de notre modernité :  même les fous ont la parole ! Enfin,  pas exactement  mais certains le peuvent pour peu  qu’ils se reconnaissent dans le nom qui leur sert de porte-parole. Ne sais-tu pas que le schizophrène a acquis ce droit aujourd’hui ? Il a sa place dans les congrès, il parle, on l’écoute. Ne sais-tu pas que l’usager est au centre de son usage, le sujet au centre de son désir, qu’il peut passer contrat avec l ‘objet de son fantasme, voire s’assurer en son nom du maintien de son offre.

L’usager c’est enfin Toi, c’est enfin Moi, c’est enfin Je, il nous  suffit d ‘admettre d’être préalablement définis par notre mode d’inscription dans les systématisations. Comme le traumatisé, dont la parole à venir vérifie à l ‘avance qu’il  est bien celui qui  est victime  d ‘un  traumatisme, nommé  par  les autres avant même qu’il ne se le dise.

  Qui a dit que  l’individu  moderne  était désorienté  dans un  monde  sans limite, déprimé, isolé dans sa  jouissance ? Le monde au contraire est plein de sollicitude à son égard , on l’attend on le presse de parler; le droit fait jaillir autant de sujets qu’il en ait besoin, et certains psychanalystes  s’attellent à la tâche pour nous montrer comment réintroduire du symbolique pour pallier cette défaillance générale du père, le psychanalyste, tenant le juge par la main, va restaurer de vrais sujets du désir.

  Qui hésiterait devant un tel bond dans l ‘appropriation  d’un  sujet enfin libéré de ses illusions, fussent-elles les plus généreuses ?

  Il n’y a plus de malaise dans le sujet, il y a des sujets prêt-à-porter pour transformer les résistances et les révoltes en plaintes.

  Il n’y a plus de fous, il n’y a plus que des usagers de la santé mentale. On n ‘en finit pas de donner la parole au sujet, à ceci près que ce sont des sujets assujettis à une désignation préalable.

  Peut-être pas tant le sujet qui s’échappe, que ses avatars qui nous interrogent…

Intervenants:
Yves Buin, Franck Chaumon, Olivier Clain, Patrick Merot, Nicolas Stoffel, Jean-Pierre Winter, Markos Zafiropoulos

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